Quatre conseils pour une soumission

Avec ce message, j’ai un peu l’impression d’enfoncer une porte ouverte, mais n’est-ce pas toujours le cas lorsqu’en toute innocence, on discute d’un sujet mainte fois traité et qui intéresse tous les écrivaillons que nous sommes ?

Tant pis, disons qu’avec cet article, je n’ai d’autre ambition que de créer un petit pense-bête ou de dénoncer quelques idées reçues.

Voici des choses à faire et à ne pas faire quand on soumet un manuscrit à une maison d’édition…

  1. Vous renseigner sur la maison d’édition  :
    1. Visiter les murs, physiques ou virtuels,
    2. Prendre connaissance de leurs modes de fonctionnement, tirage, diffusion,
    3. Etudier leurs publications en librairie, lire un ouvrage paru chez eux, dans le même genre que celui que vous souhaitez leur envoyer, si possible.

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       .Première porte : certains d’entre potassent le menu vingt bonnes minutes pour savoir quoi manger, d’autres mettent une heure pour choisir leurs fringues la veille d’une soirée, six mois pour l’achat d’une maison, des années pour l’orientation sexuelle et pour l’épineux problème qui consiste à choisir un éditeur entre les mains bienveillantes duquel on placera le travail d’années ou de toute une vie, euh… quoi ? cinq minutes ? Le temps de trouver une adresse sur le net ou de faire des copier-coller de mail à toutes une liste d’éditeurs trouvés au hasard dans un annuaire de liens ou dans un sujet de forum ? « Ratisser large » ne veut pas dire balancer son manuscrit en aveugle.  crazy

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  2. Vérifier que votre manuscrit sera bien reçu :
    1. Les soumissions sont-elles possibles actuellement ?
    2. A quelles conditions ?
    3. Pour quelles collections ?
    4. Quelles consignes d’envoi, de présentation, de taille ou autre, sont imposées ?
    5. On demande un résumé, une biographie, une bibliographie, une simple lettre d’accompagnement ?
    6. En faire plus ou trop, n’est pas bien non plus. Référez-vous scrupuleusement à ce qui est demandé. Exemple : Vous croyez bien faire, être sérieux, en envoyant vos manuscrits en recommandé ? Mais les éditeurs aussi détestent devoir se lever le samedi matin pour aller à la poste, alors qu’ils n’avaient rien demandé de tel… flap

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      Même chose en ce qui concerne les mails de trois pieds longs, révélant tous vos espoirs, votre généalogie, le comment et le pourquoi de l’ouvrage que vous avez commis… Il faut se borner à ce qui est stipulé. Dans le doute, précisez que vous pouvez sur demande apporter des tas d’autres informations, cela suffit. .

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      Deuxième porte… Autant d’éléments qui semblent rébarbatifs au regard de votre enthousiaste à livrer votre « roman chéri » mais qu’il faut absolument  respecter sous peine d’être disqualifiés bêtement.  Même chez les toutes petites enseignes, on reçoit des dizaines voire des centaines de manuscrits par an. Combien de romans lisez-vous vous-mêmes dans le même espace de temps ? Voilà pourquoi beaucoup de manuscrits sont refusés sans même être lus.

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  3. Optimiser la qualité de votre manuscrit :
    1. Etre intransigeant. Ne mégotez pas sur vos relectures et vos corrections. En plus de vos bons vieux dicos et bescherelles, il y a des tas de ressources gratuites en ligne. Lexilogos, Le conjugueur.
    2. Utiliser des logiciels de correction, hélas payants, celui de word, openoffice ou antidote.
    3. Recourir à un avis extérieur : ami, famille sont vos premières cibles, si vous craignez la complaisance, adressez-vous à des collègues d’ateliers d’écriture, des communautés d’auteurs en herbe, des initiatives comme les bêta-lecteurs de cocyclics.

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      Mais attention ! cela fonctionne au volontariat : un prêté pour un rendu. Ce qui peut d’ailleurs vous apporter un double bénéfice : corriger les autres vous servira à vous corriger vous-mêmes. Réfléchir à la structure du récit d’un autre, vous permettra de mieux la discerner dans votre propre texte.

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      Troisième porte… Notez bien que si nous ne sommes pas égaux devant l’éternelle perfection syntaxique nous ne le sommes pas non plus en ce qui concerne les capacités rédactionnelles. Il y en a pour qui le premier jet est rapide et presque parfait, pour d’autres l’écriture est laborieuse, longue et répétitive. Faites-en votre deuil, les facilités s’effacent lorsqu’il n’est plus question que de juger le résultat final et votre talent.  rose

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  4. Gérer l’aspect émotionnel :
    1. Rester patient, très patient parfois, cela fait partie du jeu, on ne vous octroiera aucun passe-droit. Mettez le temps d’attente à profit pour écrire un nouveau récit.
    2. Persévérer en cas de refus. La norme est qu’il se compte en dizaine. Ne pas désespérer, les éditeurs ont des goûts très différents. Et vous savez ce qu’on dit des goûts et des couleurs, n’est-ce pas ?
    3. Si vous avez eu des retours argumentés, mettez-les à profit avant une nouvelle soumission. Cela ne signifie pas qu’il faut tout réécrire ou prendre au pied de la lettre les avis et commentaires émis sur votre texte, cela signifie qu’il est peut-être intéressant de vous octroyer une courte période de réflexion sur ce qui a été dit. Vous déciderez alors si les arguments qu’on oppose à votre texte se tiennent ou pas du tout. Mais faire l’autruche, même les autruches elles-mêmes le déconseillent. 4grin
    4. Evitez de faire part aux éditeurs de votre déception, de façon trop virulente. Jouez-la fairplay, dites-vous bien que l’éditeur juge UN texte et non pas celui qui l’a écrit. Ce n’est pas personnel, ce n’est même pas jouissif de dire non, à part pour la minorité dans la profession qui se réclame du sadisme (dans les petites maison, on est plutôt sadomaso : beaucoup de boulot, zéro euro). Cela vous atteint, c’est normal, mais dans ce cas précis la colère rentrée vaudra mieux qu’une explosion qui vous fera passer pour un irascible et égocentrique newbie.

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      Quatrième porte…  Si vous grimpez sur vos grands chevaux, vous êtes à peu près sûrs de vous « griller » auprès de l’éditeur en question, voire auprès de ses collègues, car si les auteurs cassent du sucre sur le dos des éditeurs, vous pensez bien que les éditeurs le font aussi. angry .Je pense bien que je vais encore me faire des copains avec ce que je viens d’écrire. 4grin

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Sur ce, je vous souhaite à tous  (et à moi aussi, par la même occasion,  tong ) de la chance dans vos recherches d’éditeur.

Je fais dans le social… et qu’est-ce que j’y gagne ?

J’aurais sans doute pu créer une section « états d’âme » à l’occasion de ce billet mais je préfère présumer que je ne m’éloignerai que très rarement des sentiers bien balisés de la Création.

Donc, une fois n’est pas coutume, je m’en vais me rependre en lieu et place de vous parler de mes plus récents travaux.

C’est ma conscience ou plutôt ses états successifs et fac-similés qui se trouvent tous bardés de gyrophares oranges, Danger, danger ! esprit vadrouilleur ! de panneaux de signalisation : Voie de réflexion sans issue et de messages d’alerte : Attention, chute de votre potentiel créatif.

Rêvasser inconsciemment, se donner mauvaise conscience, avoir un peu trop conscience de la fragilité d’autrui… Autant de freins à mes créations au quotidien.

Il suffit de presque rien parfois, pour vous couper l’herbe sous le pied, vous donner la méchante impression de vous être fourvoyée. D’avoir perdu du temps et de l’énergie pour des causes extérieures voire contraires à vos propres intérêts.

Les gens qui me connaissent un peu savent que je ne ménage pas ma peine pour faire vivre des initiatives communautaires et bénéfiques. Parmi ces gens, certains avancent vers le but qu’ils se sont fixés tandis que moi, j’ai parfois l’impression de m’occuper davantage des autres que de ma propre voie à tracer. Le pompon, c’est quand on me reproche de ne pas encore en faire assez, de ne pas avoir réussi du premier coup, de ne pas avoir anticipé tout ce qui peut survenir d’inattendu. Le pompon, c’est aussi cette amertume qui me vient quand on attaque ma probité.

Non, une bonne fois pour toute je le dis, il ne me plait pas de refuser un manuscrit, un coup de main à quelqu’un ou d’abandonner certaines activités d’intérêt public comme l’Antisèche.

Cela ne me plait pas, c’est un mal nécessaire.

Je préfère me désengager plutôt que de bâcler, je préfère faire un refus que de saboter le travail d’un tiers, je préfère avoir quelques regrets que de nourrir de mauvaises pensées vis-à-vis des importuns, des profiteurs, des monomaniaques et des égotistes.

Parce que ça ! Tout ça ! Ça me pompe mon énergie, ça nuit à ma créativité… Et je vous le donne en mille : moi aussi j’aimerais bien faire ceci, avoir du temps pour cela, être publié ! m’occuper davantage de mes propres arts et de mes propres écrits et moins de ces nobles causes, chronophages et bien mal-payées.

D’aucuns voudraient les voir enterrées, par esprit d’égalité je leur souhaite évidement la pareille. tong

Parution Univers 10 d’OutreMonde

Vient de paraître : le dixième opus de la web-revue Univers consacrée à la littérature imaginaire et à la création graphique.

A travers une nouvelle maquette, un nouveau format : celui d’un livre animé à feuilleter en ligne, Univers 10 vous propose la lecture de cinq nouvelles et d’un article autour du thème de la rencontre et du face-à-face.

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Voici le sommaire détaillé :

Le dernier songe de Vaux, texte de Didier Reboussin, illustré par Elie Darco
Long Line of Cars, texte de Romuald Herbreteau, illustré par Bluesnake
Donnez-nous mille colombes, texte de Michaël Moslonka, illustré par Alda
Le monstre du Gévaudan, article de Claude Le Men
Ame stram gram, texte de Frédéric Czilinder, illustré par Nathy
La monstruosité d’Hollister, texte de Jean-Paul Raymond, illustré par Stéphane Reynaud

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Pour découvrir la web-revue, cliquez sur la couverture ci-dessus.

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peur J’ai personnellement collaboré à cette parution en ce qui concerne la maquette, les corrections, les interviews et l’illustration du superbe texte SF de Didier Reboussin.