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Fin de siècle de Estelle Valls de Gomis

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fin-de-siecleFin de siècle, court roman d’Estelle Valls de Gomis, paru chez Far Arden Press.

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Ce roman constitue une plongée agréable dans un univers et un style prépondérants à la fin du dix-neuvième siècle, ceux des récits de ces symbolistes que sont Huysmans et Jean Moréas.  Mais là où Huysmans nous noie dans la surenchère et le détail à l’excès, Valls de Gomis nous livre, par touches légères, des visions esthétiques de ce que qui fait le quotidien de son héros. On suit Ciel, ce dandy, esthète et attachant, avec curiosité et avec bonheur.

De ce nom, Ciel, on garde l’impression d’un être à mi-chemin entre le divin et le commun des mortels. Il est beau, intelligent, riche, mais on ne peut le prendre en grippe, car il est innocent comme un enfant, aimable et franc. On ne l’envie pas davantage, sa sensibilité excessive et cette sorte de solitude qui ne s’attache qu’aux grandes âmes, le poussant régulièrement vers la mélancolie.

S’il est facile d’en dire autant, de ce personnage, de parler de lui, comme s’il était vivant, comme s’il était présent, c’est parce que l’auteure a ce talent pour le faire exister lui et toutes les nuances de son caractère au fil des saisons. Une année qui s’écoule au gré de ses rencontres amicales, de ses passions artistiques et de ses amours.  Un univers riche en saveurs et un style admirablement ciselé.

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Quelques mots de plus, le format du livre est de ceux qu’on tient bien en main, la maquette en fait un bel objet et l’illustration nous montre un Ciel végétal, aplats d’absinthe, en tête à tête avec une fleur, peut-être un autre clin d’œil à Huysmans, au fétichisme végétal du héros de Là-bas.

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[Ecrire un récit] une question de style

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Il se pourrait bien que cela soit comme les couleurs et le poivre : tout est affaire de goût et de dosage.

Mais ce que la question du style interroge c’est notre capacité à retranscrire par des mots tout ce qui compose l’histoire, soit, pour schématiser : les évènements et les émotions des personnages.

Le style serait donc à la fois la « couleur » émotionnelle que l’on donne son récit et son piquant, sa pertinence contextuelle.

Assez pour les images, prenons un exemple.

Si j’écris :

« Sans hésiter plus longtemps, il grimpa tout en haut de la colline. Après avoir lâché ses deux sacs sur une grosse pierre plate, l’homme étudia longuement la ligne d’horizon. Pour l’instant, il ne voyait arriver personne. »

C’est différent de :

« Sans plus d’hésitation, la fureur de ses pas le porta au faîte de la colline. L’homme fit choir ses fontes sur un lit de roche, puis son regard perça jusqu’aux confins du monde visible. Nul encore n’était près de le rejoindre. »

Et pourtant, ces deux passages décrivent une même situation. Mais si la première proposition pourrait se rapporter à n’importe quel type d’individu placé à n’importe quelle époque, certains indices nous poussent à croire que la deuxième citation appartiendrait à un récit se voulant rapprocher d’une époque archaïque et que l’homme en question se trouverait à avoir plus de caractère et/ou à se montrer plus volontaire.

Les deux phrases différent notamment par le choix des mots, la structure des phrases.

En réalité, avec d’autres exemples plus aboutis que les miens, on pourrait trouver des différences à tous les étages de la phrase. Voici ceux qui me viennent le plus communément à l’esprit :

– le vocabulaire

– la ponctuation

– la longueur des phrases

– la variation des structures

– la place des mots

– le choix des temps de conjugaison

– le recours au passif, à l’actif

– l’usage de formes nominales, de formes conjonctives…

les figures de style (y compris la « musique des mots »)

Autant d’outils pour bien se faire comprendre, mais aussi pour faire un clin d’œil au lecteur qui saura lire entre les lignes, le style est aussi une signature, des petits cailloux blancs jetés au cour du cheminement créateur.

Être conscient que l’on a ou que l’on doit jouer d’un style particulier permet à l’auteur d’enrichir son texte. Car, pour schématiser, en répondant à la question : « quelle mot choisir pour décrire telle chose ? » l’auteur ne s’en remet pas au hasard, à la facilité, il fait preuve d’une certaine intention auquel le lecteur sera finalement sensible.

 

[Ecrire un récit] Comment débuter : les premiers mots

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Ils détonnent, ils marquent, ils happent le lecteur, les premiers mots d’un texte sont très importants.

Ne dit-on pas souvent que seule compte la première impression ? Souvent ce sont les premières lignes qui vont décider le lecteur à poursuivre ou à stopper sa lecture.

Bien sûr, l’histoire que l’on s’apprête à poser sur le papier peut « demander » à commencer de telle ou telle façon, mais avoir conscience des processus mis en place – même instinctivement – peut permettre d’améliorer encore le texte, de varier l’approche sur l’ensemble de notre œuvre. (Cela a un intérêt notamment lorsque l’on rédige un recueil de nouvelles, si toutes les nouvelles débute de façon identique ne risque-t-on pas de lasser le lecteur ?)

Voici donc quelques pistes de réflexions :

  • Avec un style ample et lyrique, on peut commencer par une belle description qui fera à coup sûr naître des images nettes dans l’esprit du lecteur.
  • Avec un style plutôt incisif, nerveux, commencer par un dialogue ou une scène d’action.
  • Si le texte est réaliste, on peut se permettre de ne pas trop décrire le contexte.
  • Au contraire, s’il s’agit d’un monde imaginaire très différent du nôtre ou de notre époque moderne, il faut rapidement poser les premières bases de cet univers avant que le lecteur puisse visualiser, ne pas se faire de fausse idée.
  • Si l’histoire débute par un long statu-quo, user d’un prologue, d’un flash-back ou d’un flash-forward afin d’intriguer le lecteur
  • Si au contraire l’histoire débute par une grosse scène d’action, soyons assez malin pour y assortir des impressions, des sentiments, des sensations afin que le lecteur puisse au moins, même sans le contexte, vivre l’action.
  • Si on commence le texte avec une phrase qui introduit l’idée d’un témoignage, veiller à la concordance des temps, à placer ce témoignage à postériori de l’action pour que le lecteur comprenne vite de quoi il s’agit. Personnellement je ne suis pas « fan » de ce genre d’accroche car elle est très classique, peu originale et souvent assez mal gérée.

Les stratégies ci-dessus peuvent concerner plusieurs paragraphes, si on ressert maintenant le cadre de notre réflexion à la première phrase, aux seuls premiers mots, on peut trouver intérêt à débuter par :

  • une phrase qui choque, porteuse d’une idée dérangeante, violente, obscène ou avec des injures. Ex : « — Mais qu’est-c’que çapeut te foutre ? »
  • une phrase porteuse d’un contresens, d’une idée étrange, bizarre, qui va intriguer le lecteur. Ex : »Ils l’avaient trouvée à l’aube, à cette heure encore grise qui n’appartient pas tout à fait aux vivants. « 
  • une sentence, une morale, un jugement. Ex : « Je suis ce que je suis, ni une jeunesse, ni une héroïne de conte de fée. « 
  • une phrase courte qui sera percutante. Ex : « L’aube dernière arrive. »
  • une phrase longue qui sera lyrique. Ex : « El-Djazaïr… la musique du mot s’apparente à l’ineffable chant du vent d’est, harmonisant aux palmes des dattiers, l’accord de vie, l’accord parfait, entre la terre et la mer. »

Certains lecteurs préfèreront toujours lire les premières lignes d’un ouvrage plutôt que d’étudier le texte de quatrième de couverture, avant de l’acquérir, alors mieux vaut faire tout de suite impression !

OutreMonde change de dimension

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Le bouclage de la maquette de l’antho Pouvoir et Puissance qui sortira prochainement chez Sombres Rets, m’a permis de me pencher à nouveau sur la petite refonte d’OutreMonde. Entre autres sections ajoutées, il y a celle des critiques littéraires, un nouvel annuaire de liens, la possibilité de laisser des commentaires dans la galerie …

Il y a aussi le nouveau design…

Après quelques infructueux essais, j’ai opté pour une alliance « SF – fantasy » représentés par des élèments « métalliques » et des élèments « bois « , deux couleurs principales : le bleu et le rose, et un background noir avec un speed painting en dégradé qui représente deux paysages, l’un citadin, l’autre campagnard. La contrainte de mon commanditaire chéri était de rester sur de l’écrit foncé sur un fond clair dans les parties recevant le texte. Et de rendre le squelette « des boîtes dans des boîtes » de puntal et punBB moins rigide et plus personnalisé.

J’ai aussi fait de nouvelles icones de messages et c’est peut-être celles-ci qui me plaisent le plus.Pour aller jeter un oeil cliquer sur la bannière ci-dessous :

Corriger ses textes et améliorer ses techniques d’écriture

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Alors que j’ai laissé de côté le deuxième livre de mon roman Æsir, pour me consacrer à la rédaction de deux nouvelles dans le cadre d’un recueil fantastique que je prépare… j’en profite pour écrire un petit billet technique.

Je suis parallèlement en train de pourvoir aux bétalectures et corrections des textes à paraitre dans l’Univers VII d’OutreMonde et je me dis que certains doivent méconnaitre les bonnes adresses internet qui me permettent de décoquiller ( j’ai le droit à deux néologismes par billet, alors commencez pas à vous moquer tongff: ) au moins un peu mes textes.

La forme :

Attention à l’orthographe :

Il y a d’excellents dictionnaires en ligne, mon préféré toute catégorie est lexilogos, car il est multilingue et propose des index contemporains mais aussi un lien vers le Littré et autres… (pour les vieux mots ou les emplois désuets, intéressant quand on écrit un récit historique ou de fantsy). Il y a aussi des tas d’autres outils (argots, traduction, étymologie, citations, cartes etc…)

Pour la conjugaison et la grammaire :

L’inénarrable bescherelle a son équivalent en ligne : le conjugueur

Pour la mise en page :

Pas de ressources internet très précises ou très claires, mais il vous suffit d’ouvrir un bouquin. La plupart du temps, il faut :

  • justifier son texte (sauf la dernière ligne d’un paragraphe qui se doit d’être aligné à gauche, normalement tous les logiciels de traitement de texte le font automatiquement)
  • retour à la ligne et alinéa lorsqu’on change de paragraphe (et seulement dans ce cas, or titre de partie, dialogue etc…)
  • pour le dialogue : retour à la ligne, grand tiret (celui-ci : — ) + un espace (on peut aussi introduire la première réplique et fermer la dernière par les guillemets français, « », mais ce n’est pas obligatoire )
  • mettre en italique les mots étrangers et les pensées
  • tandis que les citations dans le texte (ex : Bubulle dit « le poisson rouge» aimait…) sont plutôt à noter par des guillemets
  • Pour les tatillons : en début de phrase, utilisez les caractères accentués en majuscule.
  • Sauter des lignes lorsqu’on change de partie : coupure temporelle, géographique, changement de point de vue narratif. ( Le changement d’idée renvoie plutôt à un changement de paragraphe qui se fait sans saut de ligne)

Veillons au style :

Vous savez cette chose qu’on espère avoir mais qui peut nous faire du tort parce qu’on le maitrise mal ou qu’il ne fait pas l’unanimité parmi le lectorat… mrgreen

Pas de recettes magiques, mais deux, trois pistes à explorer parmi lesquelles :

  1. Le vocabulaire. Oui, il en faut et pour éviter de faire des répétitions parfois assommantes pour le lecteur, vous pouvez contrôler « la richesse » de votre phrasé grâce à cet outil : TextStat. Vous pourrez ensuite recourir à un dico de synonymes
  2. Les structures de phrases : varier la place du sujet, des adverbes et utilisez parfois une forme passive pour contrarier la monotonie. Varier aussi les connecteurs logiques, ils sont importants pour l’enchaînement des idées mais aussi le rythme.
  3. Les figures de style, les tournures : faire des images aident le lecteur à visualiser. Il faut jouer sur la musicalité des mots, on en juge en lisant ses phrases à voix haute. De même qu’il est utile pour un dialogue de se « le jouer » comme au théâtre pour voir si certaines répliques sont « prononçables ». Quant aux descriptions, on nous dit souvent d’utiliser nos cinq sens, ce n’est pas idiot, mais ça ne doit pas non plus être systématique au risque d’alourdir et de délayer son propos.

Un dernier conseil pour les coquilles de forme : Se relire. Oui, d’accord, l’auteur est un mauvais correcteur qui est facilement happé par son propre texte et ne voit jamais ses propres fautes, mais y’a une parade : concentrez-vous et commencez par lire la fin. La dernière phrase, puis la phrase du dessus… vous verrez qu’il vous sera bien plus difficile d’être entraîné votre propre prose et de passer à côté de vos fautes ou répétitions de mots.

Le fond et les idées :

C’est l’âme de votre texte et vous êtes son confesseur, je n’irai donc pas m’immiscer dans votre relation secrète. Mais il peut être utile de se questionner sur :

1. Le statut du narrateur et le point de vue narratif :

Quelques notions ici, pour les moins avertis. C’est important et ça peut tout changer, se poser la question, c’est statuer sur l’impact qu’aura le texte sur le lecteur. Le texte peut « demander » l’utilisation de tel point de vue, du fait des évènements racontés, mais dans l’absolu on peut également utiliser chacun des statuts et point de vue, c’est une question d’habilité.

2. La structure et l’équilibre du récit :

On les connait toutes, même intuitivement, il s’agit des grandes parties d’un récit :

  • Situation initiale (situation normal, état d’équilibre)
  • Déclencheur (apparition de l’élèment perturbateur)
  • Déroulement et développement ( l’élèment perturbateur évolue, se développe, on cherche une solution)
  • Dénouement (c’est le moment clé du texte : victoire ou défaite face à l’élèment perturbateur)
  • Situation finale (retour à un état d’équilibre)

C’est un schéma grossier mais réaliste. Bien sûr, dans l’enchaînement du récit, ces parties ne sont pas forcément dans cet ordre (utilisation de flashback), ni également développées.
Pour se pencher davantage sur la méthode :

Il faut faire un plan. J’entends souvent des auteurs déclarer qu’ils n’en sont pas capables, qu’ils n’écrivent bien que dans l’instant, l’improvision, qu’ils aiment se garder la possibilité de se surprendre eux-mêmes, plutôt que de tout contrôler et planifier. Ces arguments se tiennent et peuvent aboutir à rendre un texte plus dynamique, moins rigide… Mais pour vérifier que son texte est bien cohérent et « égal » dans sa structure, rien n’empêche de réaliser le plan a posteriori pour vérifier sur le papier qu’on a rien oublié, que tout s’enchaîne bien, que tout est développé « comme il faut ». On peut pour cela noter les principales phases et actions du texte, leurs liens de cause à effet, ainsi que le nombre de pages, signes qui y sont consacrés. Ensuite on réfléchit dessus, on raisonne sur tel aspect ou on répond de ses choix vis-à-vis de soi-même.

3. La matière brute :

Vous avez les idées, mais rien n’empêche d’approfondir en faisant un peu de bibliographie. Wikipédia est un premier bon outil.

Même s’il s’agit de textes de fiction, quelques élèments réalistes et probants, données scientifiques ou historiques, permettent d’ancrer votre texte dans « un imaginaire probable » d’autant plus attractif que le lecteur pourra  » y croire » et rentrer plus facilement dans l’action.

De plus, il ne faut pas négliger qu’un bon texte peut être tributaire d’un message historique, écologique, social, politique, philosophique… Il est alors fondamental de vérifier ses sources, ses références et assertions.