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[Ecrire un récit] Ecriture planifiée ou spontanée ?

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Maintenant que j’ai, dans des articles précédents, longuement parlé de la forme que peut prendre le récit. Il est temps de nous intéresser au fond de l’histoire. À vrai dire, il apparaitra peut-être à certains, qu’il était sans doute plus logique de commencer par cela. Je crois pour ma part qu’avoir de bonnes idées, n’est pas ce qui freine la majorité des auteurs amateurs. Nous sommes tous capables de laisser libre cours à notre imaginaire débridé. Par contre, la mise en place correcte et efficace des ces idées dans un récit bien écrit constitue un véritable défi. C’est pourquoi il me paraissait nécessaire d’insister préalablement sur la question du format, des processus narratifs, du style, etc.

 

En guise de prérequis, je vous renvoie à l’article de wikipedia sous l’entrée « Intrigue« . Le sujet de l’histoire en elle-même questionne notre sens de l’intrigue et notre capacité à organiser nos nombreuses idées. Ce qui suit n’a trait qu’aux questions d’organisation.

Partons du principe que vous avez une idée générale de l’histoire que vous vous apprêtez à écrire. Votre problématique est celle-ci : dois-je dérouler la totalité de mon intrigue dans un plan détaillé ou garder ma spontanéité et me contenter de quelques jalons qui s’étofferont dans la pratique de l’écriture.

 

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Si vous posez cette question à une communautés d’apprentis auteurs, vous obtiendrez autant de réponses différentes que de membres appartenant à celle-ci. Certains ne planifient pas du tout, d’autres qu’à moitié, certains ne procèdent jamais de la même façon, d’autres semblent tétaniser à l’idée de se lancer sans filet. Vous l’aurez compris, le choix est personnel, et la « bonne » méthode ne s’oppose pas à la « mauvaise », comme ont tenté de nous le faire croire quelques auteurs célèbres, œuvrant pour quelque manœuvre éditoriale à but purement commercial.

Si vous êtes néanmoins dans le brouillard, voici une petite liste sans prétention d’affirmations plus ou moins vraies pour vous donner une idée de la méthode qui sera la vôtre :

 

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– Faire un plan évite les erreurs de cohérences dans le récit, permet aussi d’équilibrer les chapitres et parties.

– Une écriture spontanée, sans plan ni barrière, vous permet une plus grande liberté imaginaire.

– Une écriture planifié est l’antidote à la page blanche. Lorsque vous séchez vous pouvez écrire une partie  qui vous inspire plus, en aval de votre point d’arrêt, sans crainte que le récit soit bancal.

– Avec une écriture spontanée vous vous surprendrez vous-mêmes, et ne nous vous ennuierez jamais lors de la rédaction.

– Pourquoi faire un plan, puisque de tout façon vous ne le suivrez pas ?

– À faire des plans, des synopsis, des fiches de personnages, on passe plus de temps à se préparer à écrire, à fantasmer le récit qu’à écrire réellement.

– Écrire de manière spontanée peut aboutir à une histoire bancale, peu crédible et qui n’aura pas atteint sa pleine maturité.

– Les meilleures idées sont celles qui naissent au cours de la rédaction, lorsque vous êtes en plein de l’action, le plus « dedans », le plus impliqué dans l’histoire.

– Pour le débutant le plan est rassurant et constitue une aide pour bien organiser son récit.

– Le plan contre-carre Alzheimer.

– Pour l’auteur expérimenté, le plan n’est pas obligatoire.

– Faire un plan ? Oui, mais tout dépend de la longueur du récit. Il est nécessaire que pour les longs romans.

– Faire un plan permet parfois de dégager des intrigues secondaires.

– L’écriture spontanée est génératrices de surprises et de rebondissements.

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Voyez, chacun des deux camps se défend, et entre les deux, il y a toutes les graduations qui vous permettent de trouver votre juste mesure.

Histoires d’Amour

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Anthologie de 23 nouvelles sentimentales dont j’ai assuré la direction. J’en signe la préface et l’illustration de couverture.

Cet ouvrage est paru dans la collection Méandres de vie, aux éditions Sombres Rets.

 

 

Les nouvelles sont de :  Michaël Moslonka, Pierre Benazech, Ombeline Duprat, Cyril Carau, Yvette Auméran, Esmeralda Bianca, Sylvain Boïdo, Emmanuelle Boreau, Céline Brenne, Emmanuelle Cart-Tanneur, Pierre Chaffard-Luçon, Jérémie Ciholyas, Yves-Daniel Crouzet, Frédéric Czilinder, Inès El-Shikh, Jennifer Flajolet-Toubas, Marie Jaouen, Sybille Marchetto, Pascaline Nolot, Marc Oreggia, Didier Reboussin, Teo Silis et Thomas Spok

 

 

Le quatrième de couverture :

L’Amour, comme une quête de bonheur, une aspiration impossible, une soif d’absolu, la recherche de l’âme-sœur.
L’Amour qui attend le bon moment pour s’en venir, qui lutte contre le temps, qui demeure une vie entière ou un bref instant.
L’Amour enflammant le corps, troublant la raison et l’esprit, dépassant les limites du genre ou de la mort.
L’Amour qui transcende l’espace, la matière, l’être et ce qu’on a de plus précieux, l’étincelle en nous qui sait donner la vie.
Qu’elles prennent un tour sensuel, fantastique, comique ou tragique, ces vingt-trois histoires d’amour vous porteront à la rencontre de personnages attachants, convaincus de la force du sentiment amoureux et de son unicité.

 

 

Les premiers mots de ma préface :

« L’Amour, thème au combien universel, inspire des œuvres dans tous les domaines de la création artistique. En littérature, les histoires d’amour sont passées du statut d’élément participatif au récit à élément fondateur de celui-ci, lorsqu’au début du 20e siècle se développent de multiples collections consacrées au roman sentimental (aux éditions Tallandier puis, plus tard, aux éditions Harlequin). Le récit d’amour est, de nos jours, à la fois très populaire et très moqué. Bien sûr, l’histoire d’amour était déjà présente dans des textes antérieurs, en tant que principe social, jalon d’une vie, prétexte à des actes irrévocables… »

L’oeuvre d’une vie

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Un auteur est-il capable de créer plus de un ou deux cycles vraiment très réussis ou commet-on une seule grande œuvre dans sa vie ?

Je me suis posée cette question en relevant sur de nombreux forums de lecture des avis plutôt mitigés sur les derniers cycles de Fantasy, Les cités des Anciens, Le soldat chamane, d’une auteure que j’apprécie particulièrement, Robin Hobb. Ces précédents, L’assassin royal, Les aventuriers de la mer, sont quant à eux présentés comme des chef d’œuvre, des ouvrages ayant renouvelé le genre.

A bien y songer, quel auteur reconnu aura été capable de nous offrir plusieurs opus-univers de qualité supérieure, sans « recycler » un minimum ses précédents univers ?

Si je pense à Zélazny, je ne pense qu’aux princes d’Ambre, Tolkien et son seigneur des anneaux, Asimov et ses robots, Herbert et Dune. Orson Scott Card ferait l’exception avec Ender d’une part et Alvin le faiseur de l’autre, mais les univers de ces deux cycles sont si différents qu’il parait étrange de les comparer sur un même plan. De même que Vance qui tape dans plusieurs registres avec Cugel, la fantasy comique,  Lyonesse l’héroic-fantasy, le planet opera avec Tshaï, les Baladins, Cadwal, le polar SF : les princes démons, le space opera, Alastor… Mais moi-même je les trouve d’une qualité très disparate.

Cela tient-il aux littératures imaginaires en général ? Si on s’intéresse aux personnages récurrents que l’on trouve par exemple dans les polars (commissaire, privé, légiste…) , on continue de noter qu’il existe fort peu de multipaternité. Un, Deux, trois héros par auteur se partagent le haut de l’affiche.

Alors, bien sûr, tout est question de goût, des lecteurs trouveront sans doute des tas d’exemples d’oeuvres cycliques tout aussi intéressantes chez le même auteur.

Ma question n’en a pas moins de sens lorsque l’on s’intéresse aux processus d’écriture puis d’édition. Cela viendrait-il alors de l’architecture ramifiée, aux situations détaillées, universalistes de ce que l’on appelle les cycles ? Parce que les véritables cycles se caractérisent par la construction non pas d’une intrigue et d’un contexte assorti, mais de tout un univers (un monde) dans lequel s’inscrira l’intrigue et les multiples intrigues secondaires. L’échelle spatiale est grande, l’échelle temporelle, de même, surtout pour des histoires qui couvrent des générations de personnages.

Même les auteurs les plus prolixes n’ont peut-être pas une durée de vie suffisante pour créer et écrire une multitude d’histoire originales et prenantes… Et nombre d’entre eux resteront inconnus, et sans la récompense d’une première publication, les germes d’un autre cycle dément finiront par sécher au fond d’un tiroir.

J’imagine que les auteurs, que cette question tourmente autant que la peur de la page blanche, trouvent moyen d’insuffler le maximum de vie à chacune de leurs œuvres et qu’ils embrassent cette idée romantique et morbide à la fois qu’il leur faut exceller, car l’histoire sera peut-être la dernière qu’ils auront à narrer.

 

 

 

[Ecrire un récit] Comment débuter : les premiers mots

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Ils détonnent, ils marquent, ils happent le lecteur, les premiers mots d’un texte sont très importants.

Ne dit-on pas souvent que seule compte la première impression ? Souvent ce sont les premières lignes qui vont décider le lecteur à poursuivre ou à stopper sa lecture.

Bien sûr, l’histoire que l’on s’apprête à poser sur le papier peut « demander » à commencer de telle ou telle façon, mais avoir conscience des processus mis en place – même instinctivement – peut permettre d’améliorer encore le texte, de varier l’approche sur l’ensemble de notre œuvre. (Cela a un intérêt notamment lorsque l’on rédige un recueil de nouvelles, si toutes les nouvelles débute de façon identique ne risque-t-on pas de lasser le lecteur ?)

Voici donc quelques pistes de réflexions :

  • Avec un style ample et lyrique, on peut commencer par une belle description qui fera à coup sûr naître des images nettes dans l’esprit du lecteur.
  • Avec un style plutôt incisif, nerveux, commencer par un dialogue ou une scène d’action.
  • Si le texte est réaliste, on peut se permettre de ne pas trop décrire le contexte.
  • Au contraire, s’il s’agit d’un monde imaginaire très différent du nôtre ou de notre époque moderne, il faut rapidement poser les premières bases de cet univers avant que le lecteur puisse visualiser, ne pas se faire de fausse idée.
  • Si l’histoire débute par un long statu-quo, user d’un prologue, d’un flash-back ou d’un flash-forward afin d’intriguer le lecteur
  • Si au contraire l’histoire débute par une grosse scène d’action, soyons assez malin pour y assortir des impressions, des sentiments, des sensations afin que le lecteur puisse au moins, même sans le contexte, vivre l’action.
  • Si on commence le texte avec une phrase qui introduit l’idée d’un témoignage, veiller à la concordance des temps, à placer ce témoignage à postériori de l’action pour que le lecteur comprenne vite de quoi il s’agit. Personnellement je ne suis pas « fan » de ce genre d’accroche car elle est très classique, peu originale et souvent assez mal gérée.

Les stratégies ci-dessus peuvent concerner plusieurs paragraphes, si on ressert maintenant le cadre de notre réflexion à la première phrase, aux seuls premiers mots, on peut trouver intérêt à débuter par :

  • une phrase qui choque, porteuse d’une idée dérangeante, violente, obscène ou avec des injures. Ex : « — Mais qu’est-c’que çapeut te foutre ? »
  • une phrase porteuse d’un contresens, d’une idée étrange, bizarre, qui va intriguer le lecteur. Ex : »Ils l’avaient trouvée à l’aube, à cette heure encore grise qui n’appartient pas tout à fait aux vivants. « 
  • une sentence, une morale, un jugement. Ex : « Je suis ce que je suis, ni une jeunesse, ni une héroïne de conte de fée. « 
  • une phrase courte qui sera percutante. Ex : « L’aube dernière arrive. »
  • une phrase longue qui sera lyrique. Ex : « El-Djazaïr… la musique du mot s’apparente à l’ineffable chant du vent d’est, harmonisant aux palmes des dattiers, l’accord de vie, l’accord parfait, entre la terre et la mer. »

Certains lecteurs préfèreront toujours lire les premières lignes d’un ouvrage plutôt que d’étudier le texte de quatrième de couverture, avant de l’acquérir, alors mieux vaut faire tout de suite impression !

[ Ecrire un récit ] le temps de la narration

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Issu d’un long questionnement ou des fulgurances de votre instinct, le choix du temps de la narration est important. Le temps, présent, passé, va, dans une certaine mesure, influencer le lecteur. Parce que celui-ci aura des préférences, parce qu’il trouvera vos tournures plus jolies au passé, parce qu’il parviendra mieux à « vivre l’action » racontée au présent.

 

Voici donc quelques idées concernant la question du choix du temps de la narration :

  • Ce choix peut dépendre des choix faits au niveau du style, du type d’intrigue, du point de vue narratif.

On recourt au passé pour : un témoignage, la narration d’une épopée sur plusieurs années, décennies…

On recourt au présent pour : un journal intime, le compte-rendu d’enquête peut se faire au jour, le jour, une aventure riche en action et en rebondissements trouvera avantage à être narré au présent.

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  • Le passé est le temps le plus utilisé pour l’écriture romanesque. Ceci explique et s’explique notamment par le fait qu’il existe un grand nombre de tournures qui n’existent qu’au passé. Le passé avec sa pluralité de temps, permet aussi un plus grand nombre de nuances dans la manière d’amener l’action, de faire des distinctions.

ex : Passé simple versus imparfait selon que l’action a duré ou non. Ces nuances ne sont pas aussi riches au présent bien qu’on puisse user du présent de l’indicatif et en même temps du gérondif pour calquer cet effet. (NB : sur ce point la langue anglaise surpasse la nôtre)

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  • Utiliser celui avec lequel on est le plus habile. C’est du bon sens, mais ce n’est pas négligeable d’en parler, l’écriture est un art et non un sport : la maîtrise est plus importante que la performance.

ex : Le subjonctif présent est souvent plus simple et moins râpeux sur la langue que l’imparfait du subjonctif.

ex : Dans un récit au passé simple, un évènement encore antérieur doit être raconté au plus-que-parfait. Il s’agit de prendre le pli, d’y penser, au risque d’échouer à créer cette concordance de temps qui aide le lecture à comprendre la chronologie de l’histoire.

Même chose quand dans un récit au présent, on raconte un évènement au passé simple… mais étrangement le respect de concordance-là semble poser moins de problème aux auteurs.

 

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  • Dans un même récit, on peut mélanger des parties narratives au passé et d’autres au présent, comme lorsque l’on fait des flashback, qu’on raconte un évènement antérieur à l’action, voire que l’intrigue se situe à plusieurs époques et que l’auteur a choisi de l’écrire en épisodes non linéaires temporellement.

[ Ecrire un récit ] le format : nouvelle ou roman ?

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Avec cette série de billets consacrés à l’art écrit, je parlerai essentiellement de l’écriture de fiction en prose.

L’idée m’est venue grâce à mes travaux de corrections ou à mes participations à des comités de lecture. Les méthodes que j’utilise pour écrire me sont inspirées autant par mes lectures que par mes corrections, car il est, comme de juste, plus facile de déceler la paille dans l’œil du voisin que la poutre qui vous traverse le front. Mettre le doigt sur ce qui dysfonctionne dans le texte d’autrui me permet bien souvent de détecter à posteriori mes propres erreurs et insuffisances.

A mon sens, la première question que l’on doit se poser lorsque l’on envisage l’écriture d’un récit c’est d’en déterminer le format. J’entends par format, celui de la nouvelle, de la novella, du roman ou du cycle…

Voici quelques définitions rapides et non consensuelles :

  • nouvelle : depuis la micro jusqu’à la grosse nouvelle ( en général d’une centaine de signes à quelques dizaines de milliers de signes ), il s’agit d’un récit court, souvent à chute, qui présente un évènement limité par des contraintes de temps, de lieu géographique, de nombre de protagonistes.
  • novella : trop grosse pour passer pour une nouvelle, trop courte pour être taxée de roman, on raconte un évènement plus long à se nouer et à se dénouer ou avec plus de détails.
  • roman : récit long, l’intrigue principale peut se ramifier en intrigues secondaires, les contraintes de temps, de lieu, etc. sont moins strictes que dans la nouvelle.
  • cycle : roman en plusieurs tomes.

Beaucoup d’amateur se lance à l’aventure sans certitude quant à la forme que va acquérir leur texte.

—Roman, nouvelle ?

— Je ne sais pas, on verra bien, j’écris tant que cela coule…

Nier la nécessité de ce questionnement (comme celui qui a trait au plan, ce que j’évoquerai dans un autre article) équivaut à partir marcher avec des tongs et sans bouteille d’eau… Cela ira bien pour le premier kilomètre, mais après ?

Voici quelques idées, peut-être assez convenues, pour juger de la longueur de son récit et pour répondre à la question du format : 

  • L’histoire se déroule sur des années ou sur quelques heures, quelques mois.
  • L’histoire fait intervenir un seul personnage ou de nombreux protagonistes.
  • L’histoire est un huit-clos ou alors l’histoire s’étend sur une multitudes de mondes.
  • L’histoire s’appuie sur notre réel contemporain ou sur un monde de fiction ou un passé historique qu’il me faudra longuement décrire.
  • Mon plan est long, mon intrigue complexe, j’ai beaucoup d’idées, ou au contraire mon histoire tient en une ligne.
  • J’ai de nombreux messages à faire passer en toile de fond ou bien il s’agit juste d’une histoire simple, d’un trait d’esprit.
  • La chute tient en une ligne ou bien alors je vais devoir longuement « régler » le compte du ou des protagonistes pour retourner à la situation d’équilibre finale.