Mes lectures SF d’août 2009 : La forêt de cristal de J. G. Balard

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J’ai bien trop la flemme, en ce pâle dimanche aoutien, pour rédiger une longue et vraie chronique de lecture… mrgreen Alors voici la première partie d’une petite rétrospective des romans que j’ai lu durant le mois. Tous relèvent du courant de la science-fiction et je les ai lus dans le train, chez mes parents ou chez moi, part du butin d’un vide-grenier bourguignon, grand broché ou petit poche issu de la grosse bibliothèque de Cyril qui me faisait de l’oeil depuis un moment… Et pour ne pas suivre la logique je vais commencer par le dernier lu…

La forêt de cristal de J. G. Balard

Je ne connaissais cet auteur que de nom. Sur le 4ème, on présente cet ouvrage comme étant son chef d’oeuvre… Si j’avais foi en ce que les éditeurs écrivent sur le quatrième de couverture, je ne suis pas sûr que j’aurais à coeur de découvrir plus avant l’oeuvre de cet auteur. Heureusement je me méfie de ce que le bon peuple a l’habitude d’encenser.

D’après ce que j’ai compris, monsieur Balard aime à nous dépeindre des apocalypses terriennes, dans la forêt de cristal le fléau prend l’apparence d’une cristallisation qui touche aussi bien les végétaux, les animaux etc… Tout devient bijou d’autant plus qu’il est immobile ou se laisse gagner par une sorte d’immobilisme.

Les personnages luttent contre le phénomène ou l’acceptent comme une sorte de bénédiction car beaucoup semblent atteint par une dépression qu’on ne comprend pas bien. Cette langueur des personnages s’étale à l’unisson de la narration qui a ses longueurs et ses rebondissements dont le moteur tient plus de la génération spontanée que d’une réelle relation de cause à effet entre les évènements.

J’aurais tendance à dire que sous des dehors stylistiques beaux, maîtrisés quoiqu’un peu surranés, l’auteur déroule parfois sa trame « au petit bonheur la chance »… à moins que l’inconséquence des personnages, leurs réactions à la limite de l’incohérence ne proviennent de la dépression dont j’ai parlé ci-dessus. J’ai aussi eu parfois l’impression de vérités assénées : comme pour l’explication soudaine et reconnue du phénomène de la cristallisation, qu’on développe juste assez, comme faire-valoir des états d’âmes humains, mais pas assez pour une fan de hard science comme moi.

Quoiqu’il en soit, ce livre a quand même le mérite de nous faire voyager, de nous confronter avec des élèments qu’on attend pas dans la SF : la terre, l’afrique, l’ambiance début de siècle, la lèpre, les colons, la dépression…  Il est aussi bien écrit, littéraire dans le style, ce que me plait ! et porteur de belles images, d’une dimension universelle pour ce qui est du thème, de ce qu’on devine comme morales ou idées. Mais je suis restée un peu sur ma faim, espérant une chute ou vérité finale qui aurait donné au texte un peu plus d’envergure.

[Chronique de lecture ] Station Fiction n°2

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Station Fiction est le fanzine de l’association Chantiers Imaginaires. Le second numéro vient de sortir dont voici un rapide compte-rendu de lecture…

Joli, bien maquetté – sauf peut-être les numéros de page que je trouve un peu trop proche du texte – ce nouveau numéro de Station Fiction est vraiment agréable à lire et à feuilleter.  Les illustrations de Vain, tant la couverture que la BD ou le Canard sont chouettes, dynamiques et réussies, porteuses d’un vrai esprit SF. Les autres élèments rédactionnels, comme le Canard Cosmique et la Bande Annonce relève d’une idée sympa, supporte pour la première une pointe d’humour, pour la seconde un fil conducteur qui donne envie d’acheter le suivant. Quoique la BA aurait peut-être gagnée à être présentée avec une identité graphique plus marquée, là on la « confond visuellement » avec le bulletin et la mettre avant celui-ci puisque c’est cet ordre qui est défini dans le sommaire ( mais c’est du détail of course)

Concernant les textes maintenant, je vous livre quelques rapides impressions à prendre pour ce qu’elle sont, rien de plus que des ressentis…

  • Les Bâtisseurs du vide de Hans Delrue : Une idée intrigante constitue la clé de voûte de ce texte écrit correctement. Il y a de belles images et descriptions. Le titre lui-même est beau mais j’ai regretté les quelques longueurs dans le dialogue. Les bases de l’univers sont données toutes à la fois et de façon linéaire, le texte manque peut-être d’un peu d’efficacité et d’action de ce point de vue-là. La réaction des humains vis-à-vis des ET ne m’a pas semblé cohérente, question de sensibilité je suppose, cela m’a fait penser à la SF des années 50, défaitiste, avec un côté assumé d’absurde et des situations qui finissent toujours mal.
  • Peace and love de Bruno Faure : Un style enlevé, une narration efficace qui va vite et coule bien. Une idée originale et intéressante. Et même si au cours de sa lecture, on se doute de ce qui suit, on prend plaisir à lire car c’est très vivant. Un seul regret : la fin un peu ouverte. L’humanité est-elle en perdition du fait de la chute de la natalité ? J’aurais aimé – en tant que femme mrgreen – que l’auteur nous renseigne ou nous venge, en faisant peser davantage la faute sur les épaules des hommes.
  • Quatre étoiles au firmament de Romain Lucazeau : Un texte bien écrit, la trame se déroule sans accrocs mais aussi sans grande surprise ou enjeu sauf en ce qui concerne la chute. Un univers bien documenté, riche et cohérent mais les aspects relationnels toujours négatifs entre les personnages ne m’ont pas permis de m’attacher aux protagonistes, je suis restée un peu extérieure à l’histoire.
  • L’exécution de Mozart de Dominique Molès : Un texte bien écrit, plutôt prenant, quoique l’idée de base puisse sembler évidente par rapport au thème de l’appel à textes, le traitement qu’en fait l’auteur est vraiment personnel. C’est une réussite, on s’attache facilement au narrateur, à ce qu’il dit et pense, il nous prévient à chaque page de la catastrophe imminente mais le dénouement ne nous est pourtant pas dévoilé avant l’heure. Le suspense fonctionne donc bien. L’absurdité et la touche de cynisme de la chute sonne juste.
    Un détail : la première page du texte présente un seul très gros paragraphe, ça semble un peu indigeste.
  • Renouveau de Hubert Szymczak : Ce que je juge être des soucis au niveau du style (répétitions de mots, lourdeurs, trop de découpage) ont rendu ma lecture un peu difficile au début. Il y a beaucoup d’idées dans ce texte, le cynisme est bienvenu, l’idée finale qui constitue la chute est bien exprimée et intelligente mais le reste m’a semblé trop hermétique car désordonné.  Je crois que je suis passée à côté des véritables intentions de l’auteur.
  • Les Explorateurs de V.K. Valev : Le texte commence mal, un problème de structure ou un oubli de mot fait que la première phrase « n’est pas française. Selon moi, il y a quelques soucis de formulation et des répétitions dans ce texte aussi. Une tendance à s’appesantir et beaucoup de détails techniques rendent la première partie peu dynamique. Dès la seconde, cela devient plus intéressant et on suit l’action avec plus de facilité dès qu’on comprend que ce que le père et l’enfant ont découvert, c’est bien la sonde mentionnée au début. Par contre j’ai été très surprise et déçue par la fin et la « légereté », presque l’absence de chute. Quel était l’enjeu de ce texte ?

En conclusion, c’est un chouette numéro, pour la qualité du support comme pour son contenu. Cependant j’ai trouvé les textes un peu trop homogènes sur le fond : la même approche du thème (peut-être un peu trop spécifique et orienté 100% SF). Mais aussi homogènes en ce qui concerne le style, qui lui aussi est très  » SF classique « , simple et direct. J’aurais aimé voir à l’oeuvre des stylistes plus lyriques, romantiques ou carrément argotiques.

Cependant je suis bien conscience qu’on compose un sommaire avec ce qu’on a sélectionné et reçu. Pas de crainte, donc pour les numéros suivants ! avec la régularité des parutions, je pense que plus d’auteurs se manifesteront et contribueront aux Chantiers.  love

[Chronique de lecture] Borderline n°9

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L’association Catharsis présente Borderline, son fanzine, dont vient de sortir le neuvième numéro. En couverture, une superbe illustration de Mathieu Coudray “Maz”, bien glauque, inquiétante, expressive, avec cette impression d’un drame démesuré en suspend. Elle nous prépare à une plongée nocturne et effrayante dans l’imaginaire de Brian Hodge puis de quatre autres auteurs. Une interview de l’écrivain John Everson agrémente le tout. Pas d’illustrations intérieures mais une mise en page propre, sobre et agréable avec ses quelques petits élèments graphiques.

Dans l’édito Lionel Bénard parle de l’association et des ateliers d’écriture qu’elle dirige, les travaux réalisés aux cours de ceux-ci donneront lieu à l’édification d’une anthologie. En attendant, les nouvelles de cette parution, “petites tranches de vie de personnages intriguants ou malmenés par la destinée” devraient nous donner l’envie de nous intéresser à Catharsis…

Mes remerciements à SunTzu, sous la plume de Brian Hodge, on voyage, on transpire, on vibre à l’unisson d’un journaliste, attachant et convaincant dans son quotidien, son métier, sa passion, sa part d’ombre. Mais cette rencontre se fait sur un champ de bataille, au coeur de l’horreur, du danger qui finit par le rattraper. Une nouvelle édifiante, aux thèmes multiples, sociétaires, politiques, la responsabilité de chacun de nous, des médias, les différents visages que revêt la vérité, et le Mal absolu retranscrit sous l’égide du Fantastique, mais si réaliste pourtant… il ne s’agit plus d’une composante surnaturelle, mais hypernaturelle.

L’interview d’Everson, mené par Lionel Bénard, un peu trop longue à mon goût, (je ne suis vraiment pas friante des interviews d’une manière générale), pas inintéressante mais plutôt classique et non exempte de coquilles de formulation, redondances et répétitions de mots.

Plus courtes que celle de Hodge, les nouvelles qui suivent n’en sont pas moins sympathiques.

Sérial qui pleure de Romano Vlad Janulewicz, un bon point pour le titre, j’aime les titres qui sont déjà toute une histoire… Quant au texte, une histoire de tueur pas tout à fait comme les autres, distrayante par son point de vue narratif et par son retournement de situation final.

Qui fredonne de Joseph Grimo, rapide et mystérieuse, dérangeante dans la thématique, une sale rengaine que nos bonnes conscience aimeraient à oublier, l’impression persiste après lecture, un texte qui marque, c’est bien mené.

Le Bouton de Nicolas Bénard, une histoire qui fait écho à certaine de nos peurs et joue là aussi sur le mystère, l’absurde, l’incongru. Mais la vraisemblance du début et l’originalité de ce huit-clos particulier s’estompe avec un développement trop rapide, plein de non-dit, avec une fin qui laisse un petit goût d’inachevé.

Une mauvaise plaisanterie de Stéphane Mouret, une très bonne histoire en clôture, très vivante, très vraie, servie par un beau style bien travaillé (le fonctionnel au panier !). On pénètre dans l’intimité de ses deux personnes, dans leur normalité à peine titillée par de petits tracas, pour sentir finalement sentir leur angoisse et vivre intensément le dénouement du texte. L’absurde et le réalisme sont ici bien dosés.

En quatrième de couverture, une illustration mystérieuse, urbaine mais féérique avec son personnage un peu méditatif nous convie à garder souvenance de ce bon numéro de Borderline. Son auteur, “B.”, à découvrir davantage sur son site : ICI

[Chronique de lecture ] Intime Pulsion

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Sorti chez Pocket, cet excellent roman noir que nous devons à Minette Walters, une grande dame du suspense, retrace les évènements, heure par heure, d’une manifestation qui dégénère dans un quartier très défavorisé d’une petite ville d’Angleterre. Ses habitants, la police, les acteurs sociaux, personne ne savait à quel point il était assis sur une poudrière, pourtant, tous avaient clamés haut et fort, un jour ou l’autre, qu’il y aurait des ennuis à Acid Row. Le déclencheur, la disparition d’une fillette et le bruit qui court selon lequel un pédophile aurait été relogé dans le quartier… Minette Walters sait faire prendre la sauce !
Elle nous plonge dans un suspense qui prend pied sur plusieurs tableaux, les émeutes, la recherche de l’enfant, faisant de son ouvrage, un enquête policière, un drame psychologique, un rapport sociètal sur ce les dysfonctionnement de la presse, de la justice, de la police, des problèmes d’urbanisation. Confrontés au “pire” de l’humanité, aux instincts les plus sauvages et les plus dangereux, on voit évolué dans le bon et le mauvais des personnages attachants car très “vrais” au milieu d’une meute humaine prise de folie.
Il n’y a rien de “mou”, de forcé ou de clichés dans les évènements que l’auteur raconte, tout s’enchaine avec maitrise et efficacité et les “adjonctions” des transcriptions de la police participent de ce dynamisme dans cette course contre la montre : retrouver Amy, calmer la foule, se sortir vivant des évènements…Un thriller haletant donc, mais point insensible, loin de là ! Il nous pose aussi des questions sur la tolérance, les préjugés, sur la place de l’enfant dans le monde adulte… Des personnages réalistes pour lesquels on frémit et qu’on a presque l’impression d’avoir déjà croisés dans la rue, dans notre propre quartier.

Minette regarde le monde et ses problèmes avec acuité et raison, Intime Pulsion nous renvoie l’ascenceur de notre propre conflit, préjugés et peurs ! love

[Chronique de lecture] La princesse noire, Serge Brussolo

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Serge Brussolo est un conteur qui sait savamment faire revivre pour le lecteur les temps passés en leur donnant toute la saveur et la surprise d’une première fois. Avec La Princesse Noire, il nous emmène à la rencontre du peuple viking, post-christianisation, à une époque charnière où les anciens mythes côtoient la nouvelle religion. Inga, jeune orfèvre, incarne cette dualité, son père, ancien pillard des mers lui a enseigné ses croyances en Odin, Thor etc… sa mère convertie au christianisme, la pousse vers une vie citadine confortable, mais Inga est enlevée et vendue comme esclave à une étrange châtelaine sur une île où plus qu’ailleurs encore, on vit dans la superstition et les anciennes traditions du panthéon nordique.>>

Bien écrit et bien documenté, ce roman nous offre le frisson du récit d’épouvante, l’étonnement d’une bonne intrigue, ramifiée et mystérieuse, et un dépaysement assuré.>>

Il ne s’agit pas d’images d’Epinal, les terribles guerriers vikings à la base de nombreux récits sont ici abordés d’une autre façon : au crépuscule de leur conquête. Héros ou bourreaux, ils finiront par déposer les armes et rentrer à quai, promettant l’oubli à leurs croyances et à leurs usages guerriers.>>

Aussi, le temps principal de l’action se passe-t-il à terre, en compagnie de personnages aux motivations tortueuses, cruelles, dans une contrée rude où la loi reste pourtant celle du plus fort. Mais c’est aussi un récit intelligent, sensible, qui fait la part belle à cette force à vivre qu’ont les enfants. L’héroïne, à mi-chemin entre l’enfance et l’âge adulte, incarne, sans ostentation, la tolérance, l’espoir et la raison parmi des êtres marqués et influencés par les drames passés de leur existence.>>

Un beau récit, une belle aventure à dévorer d’une traite !

[Chronique de lecture] Erzebeth Bathory, la comtesse sanglante, Sophie Dabat

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Sophie Dabat est une jeune auteure pétillante et passionnée de littérature fantastique qui signe une novella horrifique éditée aux éditions québécoises Les six brumes. Ce court ouvrage de 70 pages, au mignon format, donne l’impression d’un petit carnet intime. Et c’est bien l’intimité d’une femme très particulière que Sophie Dabat nous conte, avec une plume élégante et bien sentie, habile à faire vivre les émotions de son personnage.>>

On y entrevoit l’âme noire d’une créature orgueilleuse qui croît de l’enfance à son mariage et au-delà. On y flirte avec des codes médiévaux révolus, les superstitions populaires, l’influence de l’église en une époque et un lieu capable d’engendrer les plus abjectes cruautés.>>

La seconde partie de l’ouvrage peut paraitre assez elliptique, si on ne connait pas ce personnage historique. Au regard des détails de la première partie, on aurait souhaité en apprendre davantage, on ne nous dit que le meilleur et le pire comme les tranches de vie d’un journal intime…>>

En conclusion, c’est une lecture bien agréable cependant titillée par des coquilles typo et orthographiques.>>