Fin de siècle de Estelle Valls de Gomis

Share Button

fin-de-siecleFin de siècle, court roman d’Estelle Valls de Gomis, paru chez Far Arden Press.

 .

Ce roman constitue une plongée agréable dans un univers et un style prépondérants à la fin du dix-neuvième siècle, ceux des récits de ces symbolistes que sont Huysmans et Jean Moréas.  Mais là où Huysmans nous noie dans la surenchère et le détail à l’excès, Valls de Gomis nous livre, par touches légères, des visions esthétiques de ce que qui fait le quotidien de son héros. On suit Ciel, ce dandy, esthète et attachant, avec curiosité et avec bonheur.

De ce nom, Ciel, on garde l’impression d’un être à mi-chemin entre le divin et le commun des mortels. Il est beau, intelligent, riche, mais on ne peut le prendre en grippe, car il est innocent comme un enfant, aimable et franc. On ne l’envie pas davantage, sa sensibilité excessive et cette sorte de solitude qui ne s’attache qu’aux grandes âmes, le poussant régulièrement vers la mélancolie.

S’il est facile d’en dire autant, de ce personnage, de parler de lui, comme s’il était vivant, comme s’il était présent, c’est parce que l’auteure a ce talent pour le faire exister lui et toutes les nuances de son caractère au fil des saisons. Une année qui s’écoule au gré de ses rencontres amicales, de ses passions artistiques et de ses amours.  Un univers riche en saveurs et un style admirablement ciselé.

 .

Quelques mots de plus, le format du livre est de ceux qu’on tient bien en main, la maquette en fait un bel objet et l’illustration nous montre un Ciel végétal, aplats d’absinthe, en tête à tête avec une fleur, peut-être un autre clin d’œil à Huysmans, au fétichisme végétal du héros de Là-bas.

 .

Coeur d’Ombre de Romain Roland

Share Button

1couv_coeur-d-ombre_pfCœur d’Ombre

Chronique de Lune Terra

Le projet sur My Major Compagny et la page facebook

 .

 .L’auteur de ce roman s’est courageusement lancé dans l’autopublication pour voir son rêve d’édition se réaliser. Il m’a confié la réalisation de la couverture et la correction. Il a assuré le développement de son projet et la promotion de celui-ci en utilisant les réseaux sociaux et plateforme d’auteurs amateurs. Aujourd’hui, l’ouvrage est disponible en papier et en ebook sur Amazon. Je vous en livre ici une courte critique, sans trop de compromission, je pense, quand bien même, il est difficile de ne pas s’attacher à une histoire pour laquelle on s’est investie durant plusieurs semaines.

 .

Je m’appelle Elune Lyel, j’avais une vie paisible et joyeuse dans ma ville portuaire de Windhowl jusqu’au jour de mon 17e anniversaire où tout a basculé. Le destin avait des projets pour moi qui allaient au-delà de l’imagination. Mes pérégrinations sur Outremerre allaient être perturbées par l’Ombre, une entité sanguinaire qui m’utilisait comme hôte. J’allais devoir me battre contre moi-même afin de faire échouer la Prophétie des Ombres soutenue par les Six Soupirs. Le destin et les Dieux ne m’avaient pas laissée seule dans cette quête, j’allais être épaulée par la Sybile et une farouche guerrière.

Cœur d’Ombre est un récit agréable à lire et cela tient en premier lieu, aux personnages, attachants, à l’univers de l’auteur plutôt riche et au style, plaisant. Passés les premiers chapitres où certaines phrases manquent de délié, on perçoit une certaine maîtrise stylistique, avec des descriptions imagées, des passages emphatiques, mais qui restent efficaces. Les dialogues sont vivants et construits correctement.
Concernant le point de vue narratif, le fait qu’à chaque nouveau chapitre, l’un des personnages se fasse narrateur principal, dise « je » et nous fasse vivre l’action selon son point de vue, constitue un parti pris original. Cela aide aussi le lecteur à s’immerger dans l’action, à ressentir une certaine empathie. Le fait que la narration ne soit pas totalement linéaire du point de vue de la chronologie, que des chapitres se recoupent, crée une dynamique intéressante, force le lecteur à s’interroger sur certains aspects jusqu’à trouver des réponses en suivant un autre narrateur suivant. La limite de ce procédé se situe sans doute au niveau des personnages eux-mêmes, qui sont toutes des jeunes femmes et ont presque la même façon de s’exprimer.
L’histoire, en elle-même, reste assez classique, elle ne bénéficie pas de très gros suspenses, de très nombreux rebondissements, mais les ressorts habituels de la fantasy, s’ils sont présents, se laissent pourtant oublier parce qu’il y a, en parallèle des concepts personnels intéressants, riches et cohérents entre eux. Des bonnes idées qui restent en mémoire après coup. C’est un récit où l’on voyage, et qui ne s’embarrasse pas de temps mort ou de longueurs.
Le féminisme qui transparait du texte, l’histoire personnelle de Elune, le classicisme relatif de l’histoire, trouveront, selon moi, leur public plutôt chez les lectrices et les jeunes adultes que chez les vieux nostalgiques de l’âge d’or de l’imaginaire et le cycle de Gor. Pour conclure, je dirai qu’il s’agit d’un roman de fantasy tout à fait « honnête », avec une histoire assez inventive pour plaire aux amateurs du genre.

 .

Il est à noter que Romain Roland prépare actuellement une nouvelle chronique de Lune Terra, il ne s’agit pas d’une suite directe à Cœur d’Ombre, mais d’une nouvelle histoire dans le même univers.

Quadruple assassinat dans la rue de la morgue, Cécile Duquenne

Share Button

Ce court roman, paru chez Voy'[el], nous emmène à la rencontre d’un tueur, d’un vampire mystérieux, de loups-garous, d’une belle et jeune inspectrice de police, d’un surveillant de morgue… Quoi de plus banal, me direz-vous, pour un roman qui se place à la fois dans le genre policier et le fantastique ? Si les ingrédients réunis par Cécile Duquenne sont bien connus, il a fallu tout le talent de celle-ci pour délivrer une histoire à la fois riche, personnelle et efficace.

L’histoire commence par les assassinats de quatre employés de la morgue tout près de ses locaux. Népomucène, héros et surveillant à la morgue, se retrouve à mener l’enquête en compagnie d’une galerie de personnages hauts en couleur et qui prennent du relief en quelques pages. C’est effectivement, je pense, le point fort de ce livre et, j’espère, des suites attendues dans le cadre des Nécrophiles Anonymes, le traitement des personnages est des plus réussis.

L’intrigue policière est, elle, assez simple et ne résistera pas longtemps aux amateurs du genre, habitué à deviner le coupable avant Hercule Poirot.

Ce récit est facile à lire, le style de l’auteure montre une certaine maturité. L’histoire est bien rythmée et bien construite, il y a très peu de temps morts, on prend autant d’intérêt à se faire dépeindre les décors, le contexte, à connaître les informations biographies des personnages qu’à rentrer dans l’action elle-même.

Une agréable lecture et un univers en construction à découvrir.