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Masques de Femmes

  • Recueil de 13 nouvelles
  • fantastique victorien
  • 220 pages – 15 x 21 cm
  • co-écrites et illustrées avec Cyril Carau
  • édité par Sombres Rets.
  • 6 textes de Elie Darco,  5 de Cyril Carau, 2 écrits à quatre mains.
  • 18 illustrations intérieures en noir & blanc, 9 de Elie Darco.
  • Illustration de couverture : Elie Darco.
  • Parution en mars 2009 au Calepin Jaune et en fin février 2011 chez Sombres Rets.
  • 14 € livre papier
  • Disponible : dans la boutique de Sombres Rets… commande en librairie.

Le  texte de quatrième de couverture :

1800, les Lumières s’éteignent, laissant en héritage une certaine idée du progrès, retranchée du bonheur qu’on lui imputait. Durant les cent années qui vont suivre, les grandes cheminées vomissant la suie, les guerres toujours présentes, le colonialisme et les sciences refouleront jusqu’aux portes du néant l’irrationnel du tréfonds des rêves, l’inventivité des frontières de la pensée. Mais le surnaturel fascine et s’oppose à la raison, à la réalité policée d’une société plus industrieuse que culturelle, plus scientifique que mystique. Sur le tombeau du XIXe siècle, treize nouvelles fantastiques illustrées se recueillent, pour faire écho au romantisme noir, à l’esthétique macabre, au symbolisme qu’affectionnaient les artistes et intellectuels de l’époque. Paris, durant la Commune, Cécile fuit la folie de la semaine sanglante en s’adonnant à des voyages, à des rencontres d’outretemps. Prague, Deirdre la non-vivante, en quête de sang et de vérité, poursuit son engendreur de sa vengeance. Séville, une gitane tente de changer le destin d’un jeune médecin aux notes langoureuses d’un flamenco. Venise, Fausta, aristocrate et aventurière, plonge au coeur des sombres secrets de la cité des Doges. Londres, modèle et muse des peintres préraphaélistes, Jane vous invite au mystérieux festin des Dieux.

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Treize histoires de femme, mère, amante, épouse, femme du monde, femme fatale ou femme-objet. Treize destins étranges, troublants, tragiques ou émouvants à effeuiller comme un antique journal exhumé d’un grenier.

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Les premières lignes de mes nouvelles…

Les nécropoles du destin (co-écrit par Cyril Carau)

” Le fond de l’air est froid, saturé d’humidité. À l’aplomb du ciel, entre brume et frange de ténèbres, son regard se fixe sur trois points lumineux, astres évanescents derrière la chape nuageuse. Si elle plisse un peu les yeux, il lui semble en faire naître un quatrième, tout près de la plus grosse étoile. Ce petit jeu l’interpelle alors qu’à même la pierre boueuse d’une tombe tout juste dégagée, Le Fouisseur la fouille consciencieusement de sa verge. Elle sent les contours de l’inscription mortuaire à travers sa capeline et s’inquiète que les secousses n’en lustre la laine… “

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Cante Jondo ( parue aussi dans Borderline 10)

“Ils avaient bondi sur moi au détour d’une venelle et, sans que j’eusse le temps de crier ou de me défendre, m’avait poussé à l’intérieur d’une carriole fermée par des planches disjointes. C’est du moins ce que j’avais eu le temps de voir avant qu’on ne me bâillonne et recouvre mon visage d’un sac de jute fleurant la vermine et la moisissure. Je pensais à l’instant quel danger il y avait à subir des nausées, ma bouche occultée par un chiffon tâché de suif, mon estomac tout à la fois retourné par les goûts, les odeurs, et les chaos de la route. On avait quitté Séville et les proches abords de la faculté de médecine où l’on venait purement et simplement de m’escamoter… “

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Le quai des présages (co-écrit par Cyril Carau)

” La clameur du port, cris de mouettes et rafales océanes, s’efface derrière la note puissante du navire qui arrive. Depuis longtemps déjà, j’ai deviné son approche. Aux pas pressés des dockers, au ton de leur voix, aux pépiements des oiseaux effarouchés, au clapotis qui grossit sous la poussée d’une coque massive tranchant le flot, je sais qu’il s’en vient. Géant de métal aux mille rouages humains, ventru de démesure, fendant l’Atlantique sur des centaines de milles marins, il touchera terre devant moi. Moi, si petit, moi qui ne bouge jamais, si ce n’est de mon pauvre logis à ce quai où je passe mes journées… “

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L’enfant s’en va en guerre

” Ils l’avaient trouvée à l’aube, à cette heure encore grise qui n’appartient pas tout à fait aux vivants. Errant sur le champ de bataille, les pieds nus et vêtue d’une simple chemise de coton blanc, elle ne comptait pas dix ans mais ses yeux reflétaient déjà toute l’horreur d’une vie de souffrances. Et comment aurait-il pu en être autrement ? Elle avançait la tête courbée, évitant de poser le pied sur la chair bouffie des cadavres ou dans la boue rougie de sang. Autour d’elle, dans le froid matin, des volutes blanchâtres s’élevaient des corps des hommes et de leurs chevaux, comme des restants d’âme se libérant soudain au passage d’un ange… “

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La vieille femme et la mer

” L’heure vient où il n’y a plus que ténèbres. Près du feu, je patiente encore un moment que la nuit polaire arctique ne gèle jusqu’à son souffle en étreignant l’archipel. Elle, inlassable, ne cesse jamais sa danse languide et fascinante, abrasant les plages et les grèves des Lofoten de ces funestes baisers. Ivre de sa propre ivresse, de sa propre humeur saline, elle n’arrête pas de se manifester, de régner et régenter, d’être plus divine et impérieuse que tout le panthéon nordique des dieux des âges passés. Je hais la mer…”

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Moins que le pétale d’une fleur de cerisier

” L’on avait fêté hanami quelques jours plus tôt et sur la route qui menait à la demeure de la famille Tadasuke, les cerisiers en fleurs se répandaient en larmes rose au passage du voyageur. Li Okuni, l’air sévère, revêtu d’un strict mais commode kimono, menait son cheval à bon train, et s’il eut été en cette contrée proche d’Edo une personne pour voir passer ce samouraï, il aurait craint que le shôgun n’en ait voulu aux Tadasuke… “

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L’origine du monde

” El-Djazaïr… la musique du mot s’apparente à l’ineffable chant du vent d’est, harmonisant aux palmes des dattiers, l’accord de vie, l’accord parfait, entre la terre et la mer. La terre est d’or rouge, la mer céruléenne rivalise de brillance en miroir du soleil, mais c’est bien davantage la blancheur de la Casbah qui, là-haut sur la colline d’Alger, éblouit jusqu’à en marquer la rétine. Comment ne pas la convoiter ? Joyau nacré des côtes, ouvrant ses six portes à un territoire tellement vaste qu’il fait tourner la tête des prélats de France. Ils sont arrivés, un jour de juillet 1830, visages pâles et cœurs secs, pour prendre possession de la ville au nom de Charles X, le meurtre, l’esclavage, l’oppression et le vol justifié par un antique contentieux financier avec celui qui fut le dernier Dey d’Alger… “

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Le Témoignage de Natalia

” Assis à un grand bureau marqueté, dans une pièce au décorum raffiné mais fonctionnel, un homme, le visage mangé d’une moustache blanche et de favoris, chausse ses lunettes et saisit sa plume. Puis, d’un mouvement de tête, il engage son secrétaire à introduire “son rendez-vous” de l’après-midi. Le battant s’ouvre sur une jolie jeune fille brune de peau et de chevelure. Ses pommettes sont hautes, sa bouche courbe et vermeille. Sa beauté slave n’en est que plus flamboyante parée de la simple robe de laine verte qui est la sienne. Mais l’exquise fleur se trouve fébrile, ses mains se tordent sur un mouchoir à mesure qu’elle s’avance et, sous ses yeux, l’angoisse et la fatigue ont dessiné des méandres d’encre… “

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Avis des lecteurs :

Psychovision : “… C’est évident, il y a des critiques plus faciles que d’autres à écrire. Et rien à voir avec la qualité de l’ouvrage car en ce qui concerne ce recueil, il est excellent, je l’annonce d’emblée ! Mais cela peut venir de l’univers crée par l’auteur, de la profondeur de ses personnages et de la cohérence des thèmes abordés. Et en ce qui concerne Masques de Femmes, il y a fort à faire !  Déjà ce recueil est écrit à deux mains, deux mains intimement entrelacées, qui sont celles de Cyril Carau et d’Elie Darco – unissant leurs imaginaires comme leurs vies, et tous deux apportant à Masques de Femmes leurs expériences, leurs sensibilités et leur propres univers – mais en plus ce recueil est infiniment riche, tissant une trame complexe, ciselée et travaillée…”

Les carnets de lecture d’une livropathe :“…Ce recueil éblouissant, à l’image de sa couverture, est à la fois sombre et coloré, tissé d’ombres pesantes, denses ou seulement brumeuses, de couleurs vivantes, vibrantes, profondes et mystérieuses. L’écriture est délectable et raffinée, musicale. On n’a pas l’impression de lire un recueil, mais plutôt un roman aux multiples facettes et personnages car leurs histoires se font discrètement écho, pour enfin se rejoindre dans la dernière nouvelle qui le clôt de façon grandiose.…”

SFFF Francophone : “… Ce à quoi j’ai adhéré, en revanche, c’est le style. Que ce soit celui de Cyril Carau ou d’Elie Darco, quelle précision, quelle subtilité ! Il y a de très belles images, les phrases sont rythmées, chaque nouvelle est un bijou ciselé, une perle de beauté littéraire. C’est fin, élégant, poétique, et jamais dans l’excès. On sent des auteurs cultivés, amoureux des mots, de la langue, de ses jeux sémantiques, et c’est un vrai plaisir que de les suivre d’une phrase à l’autre, parfois dans des métaphores filées sur des pages et des pages ! …”

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